“Tout peut changer” selon Naomi Klein

Dans son dernier livre, Naomi Klein, auteure des best-sellers mondiaux La Stratégie du Choc (2010) et No Logo (2002), s’attaque à la guerre que notre modèle économique mène contre la vie sur terre. Klein nous offre l’espoir que les mouvements de justice climatique et la mobilisation sociale peuvent offrir un avenir alternatif. Tout Peut Changer: Capitalisme et Changement Climatique (2015) présente une nouvelle façon d’aborder deux problèmes majeurs : le capitalisme des catastrophes et le changement climatique. L’argument de Klein est que nous n’avons pas fait les actions nécessaires pour réduire les émissions car elles sont fondamentalement en contradiction avec le capitalisme déréglementé, qui est aujourd’hui l’idéologie hégémonique. Au cœur du livre et à travers son message principal à la fois de justice sociale et de justice environnementale, Klein pose un défi à la société : faisons-nous vraiment les bons choix pour nous-mêmes et pour l’avenir ?

Le livre commence par une analyse des problèmes actuels auxquels nous sommes confrontés : l’extractivisme des combustibles fossiles, l’inégalité, les négationnistes du changement climatique et leurs liens étroits avec le conservatisme, le commerce non-éthique, et l’argent. Cependant, l’intérêt du livre de Klein est que, chose rare dans la littérature sur le sujet, il propose des solutions : des idées d’espoir, de ce que les individus peuvent faire différemment, et des suggestions de solutions sociales radicales et de propriété publique des services clés fournis par les secteurs de l’énergie, des transports et de l’eau. Klein reconnaît qu’elle ne présente pas de faits sur la science du climat, et qu’elle vise plutôt à aborder la politique du pouvoir humain. Nouvelle excellente diatribe de Klein sur le capitalisme et le pouvoir non-contrôlé du marché libre, Klein développe ses opinions proposées dans No Logo et La Stratégie du Choc, et estime que nous devons nous réveiller sur le rôle que joue la cupidité entièrement libérée par les (non-)réglementations.

Une chose est claire, Klein suggère que le capitalisme dans le système actuel pourrait ne pas fonctionner. Elle n’est cependant pas la seule : par exemple, Le Capital (2013) de Thomas Piketty montre à travers l’exemple des milliers de personnes participant aux marches climatiques et celui de la victoire du Scottish Green Party dans le référendum écossais, que le changement climatique est un indicateur de nos échecs sociaux. Dans Tout Peut Changer, Klein fait ce qu’elle fait de mieux : capitaliser, faute d’un meilleur mot, sur les pulsions d’un mouvement social et chercher le déterminant de la force sociale au-delà de la croissance. Néanmoins, il semble peu probable que nous soyons entrés dans une étape de post-croissance, selon le récent rapport de l’ONG New Climate Economy (2016, malheureusement seulement disponible en anglais) qui remet peu en cause l’homogénéité actuelle de l’opinion soutenant la devise du système capitaliste : ‘croître ou mourir’.

Les critiques de Klein ne sont peut-être pas si nouvelles, mais elles sont certainement bien présentées. En effet, sa description du commerce de la pollution remplissant le système économique de plafonnement et d’échange que l’Europe utilise actuellement pour réguler les émissions du secteur de l’électricité, est excellente pour les non-économistes. Il y a également plusieurs exemples de nouveaux moyens de décrire des problèmes anciens : par exemple, l’utilisation de ‘l’extractivisme’ et de ‘l’énergie extrême’ (2015, 190-221) pour décrire l’état d’esprit avec lequel nous abordons les ressources naturelles et la description du charbon comme éponge qui contient le carbone pendant des millions d’années. Un point culminant de son argument est la section sur la ‘guerre contre la science’, qui montre que l’industrie pétrolière et gazière prétend constituer la seule option scientifique réaliste, tout en attaquant l’étude scientifique des impacts du changement climatique et la pollution de l’environnement.

De plus, le livre relie le changement climatique, la pauvreté et le développement. Les justices sociales et environnementales sont très présentes dans la seconde moitié du livre, et même les questions controversées des transferts de richesse et des mécanismes redistributifs de financement climatique sont décrites au chapitre 3, ‘Pour une Gestion Publique de l’Energie’ (2015, 120-45). Klein écrit que nous devrions essayer de trouver un moyen positif de réinvestir dans un commerce socialement équitable. Le problème de la population et celui de l’introduction de super-consommateurs dans le monde sont également mentionnés. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un livre sur la justice climatique pour le monde en développement, il reconnaît qu’il est impossible d’aller de l’avant sans réparer les racines de la pauvreté.

Enfin, de par le fait que l’auteure a une approche politique et sociale des problèmes qu’elle explore, ce livre peut être complété par d’autres analyses ayant un angle différent, par exemple sur les énergies renouvelables. En effet, Klein aborde l’utilisation de l’énergie solaire par les communautés amérindiennes et le réinvestissement de l’argent public dans les énergies renouvelables, mais le débat considérable sur la géo-ingénierie et ses problèmes est un sujet à part entière qui mérite d’être étudié en parallèle. Le livre se termine sur le lien entre la consommation et le changement climatique, mettant en évidence les émissions croissantes de la Chine engendrées par l’accroissement de production de biens consommés par le monde occidental. A ce sujet, Klein mentionne la décroissance sélective et la consommation gaspillée, ce qui donne au lecteur de la matière à penser sur l’idée de prospérité sans croissance ou de la possibilité d’une société modérée.

Pour conclure, dans Tout Peut Changer, Klein présente une situation dystopique de capitalisme catastrophe alimenté par le changement climatique : les profiteurs se cachant derrière la réduction des émissions, les frontières hyper-militarisées privatisées ou la géo-ingénierie à haut risque. Cependant, l’auteure nous laisse avec la lueur d’espoir que les mouvements de justice climatique et la mobilisation sociale peuvent offrir un avenir alternatif en proposant l’idée essentielle qu’il n’y a pas de business-as-usual et que nous pouvons déterminer notre propre voie vers le changement.

 

Bibliographie

Klein, Naomi. Tout peut changer : Capitalisme et changement climatique. Actes Sud, 2015.

New Climate Economy. ‘The Sustainable Infrastructure Imperative: Financing for Better Growth and Development’, 2016. Disponible sur : http://newclimateeconomy.report/2016/wp-content/uploads/sites/4/2014/08/NCE_2016Report.pdf

Piketty, Thomas. Le Capital au XXIe siècle. Le Seuil, 2013.

-Elinor –

Post a comment