Commentaire de film : le « Land Art » dans Rivers & Tides

Cela faisait plusieurs mois qu’on avait dans nos cartons un documentaire réalisé en 2001 par Thomas Riedelsheimer [1] sur l’artiste de Land Art, l’écossais Andy Goldsworthy. Et puis, au détour d’une conversation avec un ami, ce thème de la sculpture avec la nature sujet est abordé, il connaît le documentaire et l’artiste en question et m’en parle avec grand enthousiasme. « Il faut que je regarde ça ».

Le visionnage fût un choc. Pas seulement à cause des images mais aussi à cause de la manière dont le processus est mis en lumière : l’artiste Andy Goldsworthy, par ses œuvres, rend non seulement hommage à un site et son environnement mais le fait parler et nous rend accessible l’âme du lieu à travers des images. Fragiles, éphémères et éternelles, ses œuvres, reflets de ce qui est invisible aux yeux, sont des ponts qui permettent de reprendre le dialogue avec la Terre et la nature en générale. Leur processus de création est long (en effet, l’élaboration peut durer plusieurs mois) et incertain quant au résultat (car un souffle de vent peut faire s’écrouler l’œuvre en cours). Cela demande une totale implication et une observation profonde, beaucoup de cœur, de patience et de détachement, ainsi qu’une certaine recherche d’harmonie et de communion avec le monde naturel. Le Land Art fait parti de ces nouvelles voies en accord avec le besoin général de ralentir, d’écouter, de préserver, d’aimer, sans être dans une passivité oisive, ni en réactivité avec la société. En d’autres termes, la perception du temps change et met en perspective notre propre temporalité, car chaque œuvre est éphémère.

Ce documentaire s’est automatiquement relié à ce que l’écocentre tente de mettre en marche et à terme d’accomplir. En effet, depuis quelques années, j’organise des « sorties yamabushis », inspirées du nom de ces prêtres guerriers japonais qui marchent dans les forêts avec pour mission essentielle d’entretenir le lien avec les « kamis » du pays. Ils font du land art sans le savoir ou plutôt sans nécessité de le distinguer de leurs autres actions. Si la finalité des sorties yamabushis n’est pas spécialement de « pratiquer du land art », ce sont des opportunités pour contribuer à créer des états de conscience où l’âme de la nature devient perceptible, la condition essentielle, il me semble, pour s’inscrire dans le processus de création du Land Art.

Quel bonheur ce serait si des dizaines, des centaines d’Andy Goldsworthy organisaient des stages nature avec des classes d’enfants et d’adultes ? Ne seraient- ce pas les plus beaux cadeaux à faire à nos enfants et à nous-mêmes ? Dépêchons-nous, car le béton, les routes et les champs d’agriculture industrielle décomposent toujours plus les paysages et cette dégradation réduit ainsi la possibilité de pratiquer le Land Art.

Je vous invite bien sûr à regarder ce documentaire, un des rares témoignages dédiés au beau dans le monde d’aujourd’hui.

 

[1] Rivers and Tides, documentaire en DVD de Thomas Riedelsheimer.

– Stéphane –

Post a comment