L’objectif premier est de redonner aux espaces concernés leur vitalité originelle telle qu’elle subsiste encore dans la mémoire des anciens afin qu’il redevienne un véritable foisonnement de vie.
Il ne s’agit pas de vouloir copier le mode de vie d’antan, mais plutôt, avec les savoirs actuels et une approche douce, sans précipitation ni recherche de productivité, en concertation avec les personnes concernées directement ou indirectement par le projet, de tenter de recréer ce milieu bénéfique où chaque être et chaque chose trouveraient leur juste place.

Pourquoi revitaliser un espace naturel qui paraît déjà si riche ?
Trois réponses complémentaires peuvent être apportées avant que d’autres émergent à mesure de l’expérience.
1. Une réponse géologique
La chaîne du Tanargue est un massif hercynien constitué principalement de granit sous formes de crêtes rocheuses et d’éboulis. Très rares sont les endroits plats ou à pentes modérées.
Lors des précipitations, les sols peuvent être lessivés et rapidement emportés par les cours d’eau, notamment lors des épisodes cévenols, qui engendrent de très fortes pluies sur de courtes périodes. Livrés à eux-mêmes, les flancs du Tanargue deviennent alors des zones minérales, à végétation restreinte et forêts clairsemées.
La faune et la flore s’y maintiennent, mais au prix d’une lutte constante.
Pour les visiteurs, ou ceux nés après la deuxième moitié du XXe siècle, la région donne encore l’image d’un espace préservé et diversifié.
Pourtant, selon les témoignages des anciens, le territoire a connu des périodes bien plus foisonnantes. Un collectage audio de leurs souvenirs et conseils a été lancé et se poursuivra tout au long du projet.
Des extraits apparaissent ci-dessous sous la forme de « Paroles d’ancien ».
2. Une réponse historique
Depuis des siècles, l’humain a façonné ce paysage : murets en pierre, faysses, béalières (canaux d’irrigation)… Cet ensemble permettait de retenir la terre, d’arroser les parcelles constituées de près pour les animaux et de potagers pour les humains, d’entretenir de vastes châtaigneraies.
On dit souvent que les Ardéchois ont construit l’équivalent d’une muraille de Chine en faysses !
Aujourd’hui, cet héritage est en situation précaire voir critique avec la disparition accélérée des faysses et des chemins y conduisant. Les béalières encore actives sont souvent des sites touristiques tant elles sont rares. Avec le temps, chaque épisode cévenol meule toujours plus fort la montagne.

Parole d’ancien :
« Tu vois, dès que tu t’éloignes un peu des maisons, c’est méconnaissable ! Les chemins sont impraticables, recouverts de sacates (repousses sauvages de châtaigniers) et d’éboulis. Les forêts sont trop denses, il n’y a plus de lumière et les sources ont disparu… Les faysses s’effondrent, la pente reprend ses droits. On ne peut plus s’y promener, c’est la jungle ! »
3. Une réponse esthétique

(Photographie : tapis de toiles d’araignées sur le massif du Tanargue, éclairé par le soleil couchant)
Cette image, semblable à une échographie, symbolise les araignées comme “mères de la Terre”, entourant celle-ci de fils protecteurs.
Mais cette beauté fragile questionne : témoigne-t-elle encore d’un réel foisonnement de vie ?
Parole d’ancien :
– « Si tu savais comme c’était beau ! Des châtaigneraies pleines de mousse, des chemins entretenus, des champignons à foison… Des fruits de printemps jusqu’à l’automne, des truites et des écrevisses à profusion. Ce n’est pas si vieux, encore jusqu’aux années cinquante… mais après… »
– « Tu crois que cela pourrait revenir ? »
– « Ouh là, je ne sais pas. Peut-être… mais courage, hein ! »
Comme évoqué précédemment, dans la mémoire des anciens de Laboule, leur milieu de vie se
caractérisait par une grande vitalité, un véritable foisonnement, bénéfique tant aux humains, qu’à
l’ensemble de la faune et de la flore. Cette vitalité se retrouvait aussi dans la façon de soigner le
paysage, le territoire devenant alors terroir, un espace à la fois harmonieux, esthétique et résilient, où
chaque être et chaque chose y trouvait sa place. Cette description idyllique masque certainement des
conditions de vie rudes et éprouvantes pour ceux qui y vivaient, d’où le rappel du courage.

Du courage ?

Il en faut, oui au faucon pour trouver sa pitance, à la couleuvre pour guetter truites et lézards, au hérisson pour traverser les routes de nuit…
Peut-être que se lancer dans un projet de revitalisation demande ce même courage : persévérance, adaptabilité, et peu de peur envers l’inconnu.
Le bassin de la rivière Salindres jusqu’au milieu du XXe siècle
Autrefois, le bassin abritait une biodiversité impressionnante : truites, écrevisses, anguilles, canards, perdrix… Les sangliers restaient cantonnés aux flancs du Tanargue.
Chaque hameau comptait plusieurs centaines de brebis, et chaque ferme disposait d’animaux domestiques, de potagers et de cultures vivrières (seigle, sarrasin, fèves, blé…).
Ce mode de vie garantissait une quasi-autonomie.
Ce savant équilibre reposait aussi sur la gestion de l’eau,avec ses zones humides, ses zones de forêts entretenues qui garantissaient un débit constant dans la rivière et ses affluents et un ralentissement certain de l’écoulement des eaux, permettant de mieux passer les périodes d’étiages et inversement freiner la puissance des épisodes cévenols.
Déclinaison concrète du projet
La phase de lancement, sur cinq ans, mettra à l’épreuve les trois formes de courage citées plus haut.
Principales actions prévues :
- Réhabiliter et entretenir un ou plusieurs sentiers d’accès.
- Défricher et greffer au moins un hectare d’ancienne châtaigneraie pour la réhabiliter.
- Créer deux embâcles test en concertation avec les institutions sur la rivière ou des ruisseaux adjacents afin de ralentir les crues et maintenir l’humidité en été.
- Retrouver et remettre en service une ancienne béalière et ainsi irriguer des anciennes parcelles de prairie et potager.
- Relancer un jardin potager en agroécologie.

Objectifs souhaités à moyen et long terme
A travers ce projet d’intérêt commun, plusieurs axes seraient mis en œuvre progressivement et en concertation avec tous les protagonistes (institutions, propriétaires, agriculteurs, éleveurs, chasseurs, pécheurs, associations locales et régionales,…) :
Formation et transmission
A travers des stages et rencontres, former les participants dans différents registres :
- Poétiques : cultiver l’émerveillement et la sensibilité au vivant.
- Scientifiques : observer, écouter, étudier les milieux en partenariat avec des associations et institutions.
- Culturels : valoriser la notion de terroir et la qualité locale.
Lieu d’étude et de recherche
Produire des documents (écrits, sonores, visuels) pour témoigner des réussites comme des difficultés.
Constituer à long terme une base de données écologique et humaine sur le territoire.
Sensibilisation du jeune public
Accueillir ponctuellement des classes pour leur faire découvrir la beauté du vivant et leur donner envie d’y participer.
Un bien commun
Développer, dans une logique low tech, des activités agricoles, pastorales et artisanales partagées entre habitants.
Contribuer à l’installation ou à la pérennité d’activités de transformations
Encourager la production locale : fromages, laines, bois, poissons…

Implantation du projet
L’espace du projet se situe entièrement sur la commune de Laboule, tout autour de la rivière Salindres et de ses affluents. Le but est de commencer sur une surface modeste considérée comme le cœur du projet, d’avancer à tâtons et en concertations avec l’ensemble des personnes touchées directement ou indirectement par ce projet.
Porteur du projet
L’association Écocentre de Laboule, créée en 2014, porte le projet et souhaite l’ouvrir à d’autres (particuliers, agriculteurs, scientifiques, …).
Depuis plus de dix ans, elle œuvre à la revitalisation du territoire et à la promotion du bien commun à travers des sorties nature, stages, et actions locales.
Elle collabore notamment avec l’association Fiber Nature, également implantée en Ardèche, pour renforcer la dynamique collective autour du vivant.
S’impliquer dans le projet
Plusieurs façons de participer :
- Prendre part aux activités collectives.
- Adhérer à l’association.
- Participer aux stages “Immersion en nature sauvage”, autour de thèmes variés.
- Assister aux réunions de concertation sur l’avancement du projet et proposer des idées.
- L’Écocentre s’appuie aussi sur le réseau du dojo Shiseikan, pour mobiliser une communauté déjà sensible aux valeurs de respect du vivant et d’engagement collectif et solidaire.
- S’implanter ou collaborer comme agriculteur, scientifique, formateur sur les espaces concernés.

Pour faire passer ce document en pdf : Projet de revitalisation d’espaces autour de la rivière Salindres
