Le Zéro Déchet : vers un changement de paradigme

Si on vous disait qu’il est possible pour une famille occidentale de produire seulement 1 kg de déchet en un an, le croiriez-vous ? Et pourtant, c’est un défi qui a été remporté par Béa Johnson et sa famille. Suivant une démarche anti consommation et gaspillage, Béa Johnson et sa famille ont réussi à passer de 240L de poubelle par semaine, à 1 kg par an. Bien plus que de limiter leurs déchets, ce mode de vie leur a permis de réduire de 40% leurs dépenses annuelles.

Alors qu’en France, un habitant produit en moyenne 354 kg de déchets par an (CNIID, 2017), la production de déchets épuise les ressources naturelles, consomme de l’énergie, de l’eau, nécessite de l’espace et des terres, pollue l’environnement, et enfin, engendre des coûts pour la gestion des déchets (Zaman, Lehmann, 2013). Dès lors, il est grand temps de revoir notre système de consommation qui repose majoritairement sur un système linéaire : extraction, transformation, pollution, consommation, et enfin enfouissement ou incinération.

Publié en 2013, le livre “Zéro Déchet” de Béa Johnson constitue aussi bien l’histoire d’un parcours familial vers une vie écolo et sans déchet, qu’un guide pratique proposant aux consommateurs divers “trucs et astuces » pour transiter vers le zéro déchet.  Originaire de France, mariée à un Américain et mère de deux enfants, Béa Johnson remet son mode de consommation en question et décide de changer sa vie ainsi que celle de sa famille. En effet, épuisée par le rythme de la surconsommation de l’«American Dream », Johnson décide de tout réduire: sa maison, sa voiture et ses déchets.

Ses devises sont :

  1. Refuser ce dont on n’a pas besoin
  2. Réduire ce dont on a besoin et qu’on ne peut pas refuser
  3. Réutiliser ce qu’on consomme et qu’on ne peut ni refuser, ni réduire
  4. Recycler ce qu’on ne peut ni refuser, ni réduire, ni réutiliser
  5. Et enfin, composter tout le reste.

Ces devises sont devenues des règles de référence dans la communauté citoyenne occidentale du zéro déchet. On constate que le zéro déchet va donc au-delà du tri des déchets et se positionne, surtout, en prévention à la production des déchets. Ainsi, pour Béa Johnson, le zéro-déchet “est une philosophie fondée sur une série de pratiques visant à éviter autant que possible de générer des déchets” (p.30). Tout au long de son livre, Johnson étoffe ses règles d’exemples précis :

« résistez aux emballages alimentaires et aux sacs en plastique jetables » p.116

« achetez des vêtements d’occasion et déclinez les possibilités pour rallonger leur durée de vie » p.197

« faites don de vos vêtements usés aux entreprises de recyclage textile » p.197

« mettez les moutons de poussière dans votre composteur » p.229

« montrez-vous proactif en refusant la paille pour votre boisson, les écouteurs dans l’avion, etc. » p.348

Johnson nous invite, dans son livre, à décortiquer en détail ces cinq règles en revisitant les lieux et pratiques de notre quotidien au foyer comme en dehors : la cuisine et les provisions, la salle de bains, les produits de toilette et le bien-être, la chambre à coucher et la garde-robe, le ménage et l’entretien, le bureau et le courrier, les enfants et l’école, les fêtes et les cadeaux, les sorties et les voyages.

Pour chacune de ces catégories, Béa Johnson nous donne des « trucs et astuces » et de multiples recettes maison (dentifrice, produits d’entretien, mascara, remèdes, etc.) accompagnant le lecteur en toute confiance dans sa transition vers le zéro déchet. Ainsi, le zéro déchet consiste en un mode de vie, menant vers un ralentissement de la consommation et une maximisation de l’utilisation des produits et des ressources à travers une longue série de pratiques (réutilisation, réparation, préparation, etc.) car « acheter c’est voter. Les décisions que nous prenons au quotidien ont le pouvoir de nuire à notre société ou de la guérir » (p.16).

 

Dans son livre, Béa Johnson traite principalement des déchets matériels et aborde à peine les déchets immatériels, telle l’empreinte carbone. Conférencière renommée et originaire de France, Johnson prend souvent l’avion soit pour promouvoir son mode de vie, soit pour rendre visite à sa famille. Cela pourrait donc paraître paradoxal d’imaginer Béa Johnson assise dans un avion, refuser le plateau en plastique distribué par l’hôtesse pour le dîner, mais en revanche, contribuer à l’émission de quelques tonnes de CO2 plusieurs fois par année. Ce sont pourtant des choix que Johnson a longuement pesés et qui illustrent les limites de ce mode de vie dans la société actuelle. Ainsi, un individu ne produisant pas de déchets matériels pourrait pourtant avoir une empreinte écologique plus forte (consommation d’eau, de viande, transports) qu’un autre qui produirait des déchets, mais qui, par exemple, serait végétarien et éviterait les aéroports.

Selon moi, le zéro déchet est un mode de vie intrinsèquement « bon » car son objectif est de pousser le consommateur à ne pas produire de déchets ainsi qu’à revoir son mode de consommation (matériel et immatériel) et sa relation avec son environnement. Cependant, il est difficile, aujourd’hui, d’être zéro déchet à 100%, et c’est seulement le niveau de conscientisation des individus aux enjeux environnementaux et les compromis qu’ils seront prêts à faire, qui engendreront un réel impact écologique positif.

En conclusion, le livre « Zéro Déchet » de Béa Johnson est une véritable bible de « trucs et astuces » permettant à tout lecteur, novice ou conscientisé, d’adopter des techniques zéro déchet au quotidien. Le zéro déchet est un mode de vie alternatif qui consiste à renoncer au surplus quotidien pour revenir à un mode de vie simple et respectueux de l’environnement.

Tout le monde devrait tendre vers le zéro déchet, à sa manière, mais se coller l’étiquette « zéro déchet » ne suffit pas si cette dernière n’est pas accompagnée de convictions environnementales et d’une certaine cohérence dans les comportements. Comme dans toutes les belles théories, la mise en pratique du zéro déchet peut elle aussi se confronter à des paradoxes. Le principal c’est que chacun puisse mener son combat écologique de son mieux et que la bienveillance soit au rendez-vous. Il existera toujours des contradictions au sein de nos actions, le tout, c’est de pointer nos efforts, d’être conscients de nos limites, et de chercher à les dépasser.

 

Bibliographie :

Johnson, B. (2013). Zéro déchet, L’histoire incroyable d’une famille qui a réussi à limiter ses déchets à moins de 1 kg par an. Québec: Les Éditions Transcontinental

Uz Zaman, A. et Lehmann, S. (2013). The zero waste index: a performance measurement tool for waste management systems in a ‘zero waste city’. Journal of Cleaner Production. Repéré à : https://scholar.google.ca/scholar?hl=fr&as_sdt=0%2C5&q=zaman+lehmann+2013+waste&btnG=

Centre National d’Information Indépendante sur les déchets. Repéré à :   http://www.cniid.org/Les-dechets-en-France-quelques-chiffres,151

-Fanny – 

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