A 98 ans, le penseur et philosophe Edgar Morin, avec la sortie de son dernier  livre « Quelle école voulons-nous ? », nous exhorte à revoir complètement notre modèle d’enseignement. Ce n’est pas nouveau. Depuis longtemps il prône l’abandon des disciplines scolaires pour qu’à l’école on apprenne surtout à vivre et qu’ainsi le meilleur de l’être humain puisse s’épanouir. Pour cela nous dit-il, l’enseignant ne doit plus être un distributeur de connaissances mais un guide des esprits. Et l’école d’introduire dans les programmes les grands sujets, comme la connaissance de la connaissance, la compréhension d’autrui, la complexité humaine, l’écologie scientifique, la mondialisation, les incertitudes, qui nécessitent tous de relier des connaissances aujourd’hui séparées.

Mais comment les enseignants et l’école pourraient-ils opérer un tel changement de cap tant le paquebot qu’ils représentent est compartimenté et souffre d’inertie ?

Depuis quelques années, à l’écocentre de Laboule et à travers des stages d’une semaine, nous tentons de mettre en œuvre, au moins en partie, le modèle prôné par Edgar Morin.

C’est cette expérience, qu’en quelques phrases et comme vœux pour cette nouvelle année 2020, nous souhaitons partager :

Marier temps chronométré (s’exiger pour bien vivre ensemble)  et temps poétique (se détendre pour être totalement présent).

Chaque jour s’interroger sur la signification d’un mot ou d’un sujet de fond. En partageant ses découvertes et ses questions, on découvre aussi ses propres ignorances, on s’ouvre à d’autres approches, on interroge notre rapport à la connaissance.

En rapport avec le jardin, ou la construction, ou la fabrication, réaliser sur une semaine au moins une heure chaque jour, un objet ou une action nécessitant de l’anticipation, de l’organisation, de la patience et de la persévérance. En plus de développer la concentration, cela permet de prendre conscience de la valeur des choses que notre mode de vie standardisé oublie, là où priment le virtuel et le tout jetable.

Inclure systématiquement des activités transverses lors des stages. Cela permet de sortir de sa zone de confort en apprenant à faire des analogies, en introduisant les notions de complexité (reconnaitre le tout pour comprendre les parties et vice versa), d’écologie scientifique (comprendre comment toutes les choses sont reliées et ce qui caractérise ces liens, la notion d’écosystème), en incitant à l’ouverture et à l’abandon des à priori.

Etant novices dans beaucoup de domaines sans conseillers proches et directs, nous acceptons le risque de tester, d’innover, de se tromper. Cela demande d’intégrer les incertitudes et les imprévus et de prévoir des marges.

Pas un stage ne se passe sans passer par la montagne et ses sommets. Ces derniers se méritent et pour beaucoup le courage est mis à l’épreuve tant dans l’effort physique et psychologique. Tout en s’adaptant aux âges et possibilités de chacun, créer des situations nécessitant du courage et avec, un certain détachement, provoque très souvent de l’entraide et de la solidarité. Il y a aussi la rencontre avec le sauvage, un sens aigu des situations.

Enfin, un sujet qui nous est cher, même perdu au milieu des Cévennes ardéchoises, est d’échanger sur le monde. On a vite fait de se lover dans ses appartenances particulières et d’oublier les autres. Alors que nous vivons des temps très incertains et ce dans tous les domaines, prendre le temps d’interroger ce qui caractérise la condition humaine est essentiel pour qu’à nouveau une histoire avec le monde fasse sens pour aujourd’hui comme pour demain.